Les Moai, geants de pierre

838 moais sont recensés sur l’île.

Ce sont des représentations de divinités et d’ancêtres. Chaque clan de l’île possédait les siens, disposés sur une plate-forme sacrée. Cette dernière, appelée ahu, servait également de lieu de sépulture et était toujours installée le long des cotes.
Toutes les statues ont été érigées dos à la mer et face aux maisons, en symbole de protection. Selon la tradition, chaque moai porte la responsabilité de la partie du monde qu’il regarde.

UN MATERIAU DE CHOIX

Les mégalythes ont, pour la plupart, été façonnés dans la roche du volcan Rano Raraku. Le choix de ce matériau tient à son extraordinaire maléabilité. Composé de cendres volcaniques compactées et de petits morceaux de basalte, il se prête parfaitement au travail de la pierre.

Les moais étaient entièrement réalisés dans la carrière. Chaque détail achevé, ils partaient pour leur destination finale.

DEPLACES PAR UNE FORCE SUPRÊME

La légende raconte que, transportés par une force suprême, le mana, ils marchaient d’eux-mêmes jusqu’à leur plate-forme. En réalité, l’opération nécessitait une quantité phénoménale de force et de temps.
Il semble que les Rapanui ne disposaient pas de suffisament de bois pour faire rouler les idoles sur des rondins. Ils les auraient plus vraisemblablement déplacées en position debout, en les tirant par à coups à l’aide de cordes végétales, vers la droite puis vers la gauche.

MOAI TE PARO : LE GEANT DES GEANTS

Moai Te Paro est le plus haut moai jamais érigé sur l’île. Aujourd’hui renversé, il mesurait, pukao compris, 12 mètres de haut pour un poids de 80 tonnes. Sa plate-forme, Ahu Te Pito Kura, se situe à 6 km de la carrière. D’après des estimations scientifiques, il aurait fallu un an et 30 hommes pour sculpter ce moai, 2 mois et 90 hommes pour le déplacer, et 5 mois et 90 hommes pour l’ériger sur sa plate-forme.

Une oeuvre collossale qui semble toutefois en dessous des ambitions et des capacités des Rapa Nui : c’est un moai de 21,65 mètres, appelé Te Tokanga, qui a été retrouvé en cours d’exécution dans la carrière. Une fois détaché, il aurait pesé 200 tonnes.

Evolution des moai du XIIe au XVIIIe siècle.

UNE BRUTALE DECHEANCE

Au fil du temps, les réalisations furent de plus en plus stylisées et imposantes. Les Rapanui s’étaient lancés dans une course aux grandeurs censée, devant les bouleversements climatiques et la raréfaction des vivres, apaiser les dieux et les ancêtres.

Cet état de crise déclencha des guerres tribales à la fin du XVIIIe siècle. Les statues des clans adverses furent alors mises à bas en signe de représailles. Les rares à avoir été épargnées ont été renversées et pillées au XIXe siècle par les occidentaux. Ce n’est qu’au cours du XXe siècle, que certaines statues furent relevées par des scientifiques ou des mécènes étrangers.

Le moai est relevé en dix-huit jours.Pedro Atan, maire d’Hanga Roa en 1955 et Thor Heyerdahl devant le colosse redressé.

En 1955, Thor Heyerdahl fait relever le moai solitaire de l’Ahu Ature Huki dans la baie d’Anakena.
Le colosse est érigé en dix-huit jours grâce au savoir-faire de Pedro Atan, le maire du village.
Il est toujours debout aujourd’hui.

Statuettes de bois

DES MOAIS DE BOIS

Le terme rapa nui “moai” s’applique à toute sculpture anthropomorphe ou zoomorphe, de pierre ou de bois.

La sculpture sur bois est l’une des expressions culturelles les plus anciennes et les plus sacrées des peuples polynésiens.

Selon eux, il s’agit du matériau qui symbolise le mieux les relations qui existent entre l’Homme et les forces surnaturelles : il relie la terre au ciel et abrite les oiseaux, messagers des dieux

ANTHROPOMORPHES

Les moais de bois, bien que moins stéréotypés que les moais de pierre, répondent toutefois à des critères esthétiques très précis. Les statuettes à caractère anthropomorphes, représentant un être humain, se divisent en trois groupes distincts :
(<< à gauche) – Les moai tangata
Avec leurs proportions et leur modélé naturaliste, les moais tangata représentaient peut-être des ancètres. Pièces très rares, on les compte aujourd’hui sur les doigts d’une main.

  • Les moai kavakava ( à droite >>)
    Il n’en existe plus qu’une cinquantaine. Ils seraient la représentation des akuaku (esprits). Malgré leurs côtes saillantes, leurs arcades sourcillières, pomettes et menton marqués, leur corps est sculpté avec une certaine sensualité.
    La colonne vertébrale est interrompue au niveau des lombaires par un anneau identique à celui qui figure sur certains moai de pierre. C’est le symbole d’une ceinture que portaient les hauts dignitaires.

Moai kavakava

  • Les moai papa (à droite >>) : une dizaine d’exemplaires est connu. Le terme papa désigne la roche plate mais aussi l’élément féminin du couple primordial. Vue de côté, les moai papa sont très fins. Le modelé des masses musculaires est diffus, les seins et le nombril à peine visibles, tandis que la vulve est indiquée avec discretion. De même, le visage ne possède que peu de relief, les lèvres pincées lui donnant beaucoup de gravité. Contrairement aux moai tangata et kavakava, leurs bras sont en mouvement, orientés vers l’abdomen et le pubis. Leurs mains sont traitées comme celles des moai de pierre : doigts et ongles allongés, symbole de divinité.

Ces moai sont sculptés dans un morceau de bois courbe. Leur visage, anthropomorphe, est composé de deux grandes arcades sourcilières, protégeant des yeux d’os et d’obsidienne. Leur nez se termine en forme de triangle. Le haut du crâne est rebondi et peut porter un décor sculpté. Les membres antérieurs sont repliés sous l’abdomen et se termine parfois par de longs doigts courbés. Les membres postérieurs sont toujours joints. Une queue d’oiseau en éventail achève leur colonne vertébrale, symbole que l’on retrouve sur les moai tangata manu (homme oiseau).

Orongo et l’Homme oiseau

Le village d’Orongo se situe au sud-ouest de l’île, sur le versant ouest du volcan Rano Kau.
Il regroupe une cinquantaine de maisons à l’architecture très particulière. Elles ont été construites à l’aide de fines dalles de pierre superposées.
Les Rapanui les avaient dotées d’entrées extrêmement basses et étroites où ils pénétraient en rampant.

TROIS ILOTS SACRES

Depuis le site d’Orongo, les Rapanui jouissaient d’une vue imprenable sur les îlots Motu Kau Kau, Motu Iti et Motu Nui. Chaque année, les hirondelles de mer, parcouraient des centaines de miles pour venir y pondre leurs oeufs. Ce phénomène a donné naissance à la cérémonie religieuse la plus importante de l’île.

LA CEREMONIE DE L’HOMME OISEAU

La cérémonie se déroulait de juillet à septembre, pendant le printemps austral, période de ponte des hirondelles de mer. Il s’agissait d’un concours dont le but était de recueillir le premier oeuf de la saison.
Les participants nageaient 2 km jusqu’à Motu Nui, dans des eaux particulièrement dangeureuses car infestées de requins. Une fois sur l’îlot, ils attendaient des semaines d’y découvrir le premier oeuf du printemps.

L’INCARNATION DU DIEU MAKE MAKE

Le gagnant, où l’homme représenté par le gagnant, obtenait alors le titre d’homme-oiseau. Erigé à l’état de demi-dieu, on le disait envoyé par Make Make, la divinité suprême du panthéon rapanui. L’homme-oiseau devenait pour une année, l’interlocuteur entre les dieux et les hommes. Le site archéologique d’Orongo en possède des centaines de représentations.

Pétroglyphes

DES IMAGES PEINTES

De nombreux pictogrammes furent peints par les Rapanui dans différents endroits de l’île.
Ce sont des représentations graphiques, figuratives ou symboliques, dont il ne reste aujourd’hui que quelques exemplaires.
Les plus significatifs, aux motifs d’oiseaux, furent retrouvés au sud de l’île, dans la grotte Ana Kai Tangata.

UNE PEINTURE NATURELLE

Pour peindre leurs dessins, les Rapanui utilisaient le ki’ea : un mélange huileux, issu de la terre blanche et rouge des falaises et de la sève des plantes.
Il semble que les moais étaient également enduits de cette préparation, comme le suggère certaines traces colorées dont sont encore imprégnées plusieurs statues.

DES IMAGES GRAVEES DANS LA PIERRE

Les pétroglyphes sont des gravures sur pierre. On en retrouve à différents endroits de l’île, à l’air libre. Les plus impressionnants se situent à Orongo et en face de l’ahu Tongariki. Ces derniers, les pétroglyphes de Papa Tataku Poki, sont sculptés à même le sol rocheux. Ils représentent des glyphes rapanui, des tortues, des poissons ou encore l’homme-oiseau.