Langue

UNE LANGUE ANCESTRALE

Le Rapa Nui est la langue des insulaires. Cousine lointaine du tahitien, elle est de type polynésien. Les indigènes se la transmettent de génération en génération depuis plus de 15 siècles.

C’est une langue au rythme marqué et aux consonances douces. Les syllabes y sont souvent répétées, comme dans l’expression rongo rongo qui signifie écriture.

Aujourd’hui, sur les 4000 habitants de l’île, un tiers sont Chiliens et ne parle que l’espagnol. Mais les Rapa Nui se battent pour garder leur langue vivante et la faire évoluer avec la modernité.

NAISSANCE DU RAPANUI MODERNE

Pendant les années 1960, l’île est incorporée à l’économie nationale chilienne (construction de l’aéroport et l’arrivée de l’administration civile chilienne). Des fonctionnaires continentaux s’installent, les mariages mixtes augmentent ainsi que les voyages vers le Chili. Le rapanui perd alors son caractère dominant.
Cette nouvelle situation facilite l’usage de l’espagnol dans les espaces communautaires.

Apparaît un processus de bilinguisme, plus ou moins marqué selon l’environnement et les connaissances de chacun. Beaucoup de jeunes rapanui grandissent avec l’espagnol comme langue maternelle, parfois avec l’assentiment des parents qui veulent leur éviter les difficultés qu’eux-mêmes ont connues.

UNE LANGUE VIVANTE

Malgré le fort retrait de la langue pendant la seconde moitié du 19e siècle, le rapanui reste le moyen de communication quotidien d’une grande partie de la population. La majorité des adultes issus des anciens sont bilingues, avec une prépondérance de l’espagnol dans la sphère publique et du rapanui dans la vie familiale. Par exemple, la messe catholique dominicale est dite en espagnol mais contient des passages en rapanui. Heureusement les Pascuans ont développé une forte tendance revendicative culturelle et politique. Le rapanui, caractéristique essentielle de la culture, y a tout naturellement été intégré. Il existe désormais une forte association symbolique entre langue et identité et les spécialistes estiment que la langue parvient à rester vivante.

ENSEIGNEMENT DU RAPANUI

En 1975, le ministère de l’Education décrète l’enseignement officiel de la langue. En 1976, le rapanui est enseigné sur l’île en premier cycle. Selon l’Université Catholique de Valparaiso, 58 % de la population scolaire parlait rapanui en 1998 contre 39% en 1979.
En 1998 l’enseignement du rapanui en mode « immersion » débute au lycée Lorenzo Baez Vega de l’île. La totalité des matières, sauf l’espagnol, y sont enseignées en rapanui. Cent élèves profitent alors de cette expérience. Tous les autres suivent des cours sur les légendes, les traditions, les jeux et la musique rapanui.
En 2004, l’Académie de la Langue Rapa Nui est créée.

L’ALPHABET RAPANUI

L’aphabet Rapanui compte 14 lettres. Elles se prononcent presque toutes comme en français.

A
E
H
I
K
M
N

se prononce comme en français
comme un e accent aigu
comme un h aspiré anglais
comme en français
comme en français
comme en français
comme en français NG

NG
O
P
R
T
U

‘ comme dans “song” en anglais
comme en français
comme en français
roulé sauf en début de mot
comme en français
comme “ou” en français
son occlusif comme dans l’interjection anglaise “oh! oh”.

Ecriture

UNE ECRITURE MYSTERIEUSE

Les Rapa Nui sont le seul groupe polynésien à avoir inventé un système d’écriture. Mais après les rapts perpétrés dans l’île au 19è siècle et le génocide qui s’en suivit, le sens de ce système tomba brutalement dans l’oubli.
Il demeure aujourd’hui l’un des plus grands mystères de l’Ile de Pâques.

L’écriture rapa nui se nomme rongo rongo. Les vestiges qui nous en sont parvenus comprennent 595 glyphes de base.

De forme anthropomorphe, zoomorphe ou géométrique, tous sont disposés de façon linéaire sur des supports de bois poli. Ils y étaient sculptés, recto verso, à l’aide de dents de requin ou d’éclats d’obsidienne.

SUPPORT DES TRADITIONS ORALE

La lecture s’effectuait, comme pour le boustrophédon, alternativement de droite à gauche et de gauche à droite.
A la fin de chaque ligne, le lecteur devait retourner le support avant de pouvoir déchiffrer les signes inversés de la ligne suivante. La théorie la plus couramment acceptée explique que l’écriture rongo rongo était un système mnémotechique, destiné à faciliter la récitation des traditions orales.
Seuls quelques hommes, les tangata rongo rongo, étaient capables de déchiffrer les tablettes et habilités à réciter leurs textes sacrés.

Contes et légendes de l’ile de paques

  1. Hotu Matua et les septs explorateurs
  2. Les longues et les courtes oreilles
  3. Les oiseaux de Rapa Nui
    Dessin réalisé d’après un pétroglyphe de l’homme-oiseau.
  4. Hotu Matua et les sept explorateurs

…ou comment l’île accueillit ses premiers habitants.

Selon la légende, le roi Hotu Matua habitait la terre légendaire de Hiva. Un jour, Hau- Maka son vieux conseiller eu une vision. Il décrivit une terre lointaine, appelée « Te pito o te kainga » ou « Matakiterani » (Des yeux regardent les étoiles) , au milieu de l’océan vers le soleil. Hotu Matua envoya sept jeunes explorateurs à la recherche de cette nouvelle île. Ils s’appelaient Ira, Raparena, Ku’uku’u A’Huatava, Rinirini A’Huatava, Nonoma A’Huatava, Uure A’Huatava, Makoi Rinirini A’Huatava.

Arrivés sur Rapa Nui, ils cherchèrent un lieu adequat pour s’installer et planter des ignames. Deux d’entre eux avaient également emporté un moai et un collier de perles, qu’ils cachèrent sur l’île. Tous repartirent ensuite, sauf un, pour relater leur découverte à leur roi.

Hotu Matua fut un jour déchu de son trône. Il embarqua alors avec sa famille et sa suite sur deux grands pahi (double canoé) en direction de « Te pito o te kainga ». Ils débarquèrent après des jours et des jours de mer sur la plage d’Anakena, où fut fondé la nouvelle résidence royale. Depuis lors, l’île reçue le nom de « Te pito o te henua » (Le nombril du monde).

Aujourd’hui encore, l’ahu Akivi (plateforme sacrée) rappelle l’arrivée des septs jeunes explorateurs sur l’île. Sept moais y sont érigés face à l’horizon et à leur terre natale légendaire de Hiva.

Les longues et les courtes oreilles

…ou comment les Rapa nui cessèrent de dresser des moais.

Selon la légende, les Hanau eepe (La race large aux longues oreilles) débarquèrent sur l’île au temps du roi Tu’u Ko Iho. Les Hanau momoko (La race mince aux courtes oreilles) et descendants de Hotu Matua, furent surpris par l’arrivée de ce peuple sans femmes ni roi, aux longues oreilles.

Les longues oreilles s’installèrent sur la péninsule de Poike (extrême ouest de l’île). Tailleurs de moais, ils savaient également les ériger sur les ahus (plateforme sacrée). Ayant pris l’ascendant sur les Courtes oreilles, ils leur demandèrent un jour de jeter les pierres de la terre de Poike à la mer afin de niveler le sol. Mais les Courtes oreilles refusèrent.

Les Hanau eepe (ou Longues oreilles) creusèrent alors un long fossé de Te Hakarava à Mahatua (sur la péninsule de Poike) pour se séparer des Hanau momoko (ou Courtes oreilles). Ils le remplirent de matériaux combustibles en vue d’éliminer leurs rivaux.

Une femme Hanau momoko, nommée Moko Pinge’i, avait été enlevée par un Hanau eepe. Elle habitait avec lui sur Poike et pleurait pour son peuple. Une nuit, elle décida de rejoindre les Hanau momoko et de les prévenir du danger. Dès le lendemain et sur son signal, ils attaquèrent les Hanau eepe par surprise, durant leur sommeil en contournant Te Hakavara par la côte.

Les Hanau eepe, encerclés par leurs ennemis, furent jetés dans le fossé en feu. Seulement trois d’entre eux survécurent. Deux furent empalés et le dernier fut épargné. Il épousa une femme Hanau momoko avec laquelle il eut un fils. Leur descendance s’installa sur Tahai (à l’ouest). Mais plus jamais un moai ne fut taillé et dressé sur l’île. Ce savoir était mort avec les Hanau eepe.

Les oiseaux de Rapa Nui

… ou comment les oiseaux arrivèrent sur l’île et donnèrent naissance à la Cérémonie de l’Homme-Oiseau.

Il y a bien longtemps, aucun oiseau ne venait pondre à Rapa Nui. Ni sur l’île, ni sur l’îlot Motu Nui. Un jour, une prêtresse nommée Hitu, vint s’asseoir au bord de la baie Hanga Nui. Posé sur une roche, gisait un crâne humain. Une ombre vint alors balayer la côte emportant le crâne avec elle. Hitu se jeta à l’eau pour s’en saisir mais ne parvint pas à l’atteindre.

La prêtresse et le crâne nagèrent ainsi jour et nuit vers l’est jusqu’au moment où se dessinèrent à l’horizon les terres de Motu Motiro Hiva (les Iles Sala y Gomez, vers le nord-est). Elles étaient recouvertes du guano blanc des oiseaux marins. C’est alors que le crâne, arrivé sur le rivage, se transforma en dieu Makemake (Divinité principale du panthéon rapa nui).

Sur Motu Motiro Hiva, vivait le dieu Haua, ami de Makemake. Il reçut Makemake et la prêtresse et leur donna à manger. Ils restèrent là un moment.
Un jour, Makemake demanda à Haua de lui apporter un couple d’oiseaux. De retour sur Rapa Nui, il les mit en liberté sur la péninsule de Poike (à extrême est de l’île).

L’année suivante, il revint pour s’assurer que les oiseaux s’étaient multipliés. Mais il constata que les hommes en avaient mangé tous les œufs. Makemake recueillit alors les oiseaux et les emmena à Viahu (au sud de l’île). Lorsqu’il revient, les hommes avaient encore manger les œufs. L’année suivante, il emmena le couple d’oiseaux a Vai a Tare sur les hauteurs du volcan Rano Kau (à l’ouest de l’île). Les hommes laissèrent alors un seul œuf dont naquit le premier oiseau manu-tara (hirondelle de mer) de l’île.

Pour assurer une meilleure prolifération de ces oiseaux, Makemake revint encore l’année suivante. Il laissa cette fois les oiseaux sur l’îlot Motu Nui où ils purent enfin se reproduire en grand nombre.

De là, débuta la cérémonie religieuse annuelle du Tangata Manu (L’homme oiseau). Chaque année, au printemps et en l’honneur de Makemake, l’homme qui découvrait le premier œuf de l’année était élevé à l’état de demi-dieu et prenait le titre sacré d’Homme Oiseau.

La fiesta tapati

Depuis 40 ans, en début d’année, l’île organise le festival Tapati. Evénement culturel de l’année, Tapati Rapa Nui couronne la plus belle femme de l’île et perpétue les traditions ancestrales. C’est avant tout un moyen de transmettre la culture rapa nui en s’amusant.

Pendant 2 semaines, le village se partage en deux camps. Chacun est représenté par une candidate à laquelle il devra ramener des points en participants à des compétitions.
Ces compétitions recréent les expressions sportives et culturels traditionnelles. Chacune est notée par un jury. La candidate du clan gagnant est élue reine de l’île. Elle en représentera les traditions culturelles pour un an.

La lagune du volcan Rano Raraku devient chaque année le terrain du triathlon Ta’au.

Il s’agit de la compétition la plus dangereuse du festival.
Allongés sur des troncs de bananiers liés entre eux, les participants descendent la pente du volcan Maunga pu’i le plus vite possible. Leur vitesse peut atteindre les 80 km/h.

Les trois épreuves du triathlon rapa nui se déroulent dans le cratère du volcan Rano Raraku :

  • une traversée de la lagune du volcan sur une barque de roseaux séchés.
  • une course à pied autour du lac en portant un régime de bananes sous chaque bras, puis sur le haut des flancs du cratère.
  • une seconde traversée du lac sur un surf en roseaux.

DES CONCOURS EN TOUT GENRE

  • Danses et costumes folkloriques polynésiens
  • Chants traditionnels contant les légendes ancestrales
  • Jeu avec fibres de chanvre (appelé kai kai)
  • Sculpture et gravure sur le thème des moais
  • Dessins et colliers
  • Gastronomie
  • Concours agricole des plus beaux fruits et légumes de l’île.