Une civilisation récente

De 1500 av. J.-C. à 800 ap. J.-C., les Polynésiens parcourent un espace maritime immense, en plein coeur de l’Océan Pacifique. Ils y découvrent l’Ile de Pâques en 500 ap. J.-C, date équivalant à l’aube du Moyen-Age européen.

Jusqu’au 5 avril 1722, jour de l’arrivée des premiers Européens, ceux qui allaient devenir les Rapanui, bâtissent sur leur île une civilisation monumentale. Elle est considérée aujourd’hui comme l’une des plus singulières de l’histoire de l’Humanité.

Les sept moai de l’Ahu Akivi

Sur l’Ahu Akivi, les 7 premiers découvreurs de Rapa Nui, regardent en direction de leur île natale pour l’éternité.

Sept découvreurs

Selon la principale légende rapa nui, sept éclaireurs envoyés vers l’Est par les Polynésiens, ont un jour découvert l’existence de l’île. Plus tard un roi déchu, nommé Hotu Matua, vint s’y installer avec son épouse Avareipua.
Il emmena avec lui hommes, femmes et enfants, ainsi que des animaux et des plantes destinés à assurer leur subsistance.

Par la suite, les Rapa Nui ont immortalisé les premiers dévouvreurs de l’île en représentant sept moai à leur effigie.
Toujours visibles de nos jours, ils sont disposés sur l’Ahu Akivi, le seul ahu de l’île construit dans les terres et non sur le rivage. Orientés vers la mer, ils regarderaient symboliquement en direction de leur île polynésienne natale.

Longues et courtes oreilles

Selon une légende, la population fut rapidement séparée en clans. Parmi les deux principaux, les Courtes oreilles étaient probablement les descendants des premiers Rapa Nui, issus d’Hotu Matua. Les Longues oreilles, quant à eux, seraient arrivés plus tardivement sur l’île. En savoir plus

Guerres tribales

Toujours selon la légende, au 17è siècle, de violents affrontements opposèrent les deux clans et mirent l’île à feu et à sang. Ces guerres tribales furent sans doute provoquées par une raréfaction des vivres et des matières premières, suite à plusieurs bouleversements climatiques. Les Rapa Nui étaient entrés dans une phase de décadence, que l’arrivée des Européens allait bientôt aggraver.

L’arrivée des Européens

Les Hollandais

En août 1721, l’amiral hollandais Jacob Roggeveen part à la recherche d’un continent dans le Pacifique Sud.
Le 5 avril 1722, il y découvre fortuitement l’Ile de Pâques. Il restera cinq jours seulement sur ce territoire minuscule.

Les Espagnols

En décembre 1770, l’espagnol Felipe Gonzalez y Haedo, également en quête d’un continent austral, parvient jusqu’à l’île, où il reste six jours. La Couronne espagnole en prend possesion et la baptise Isla de San Carlos, en l’honneur du roi Carlos III.

Les Anglais

En 1774, James Cook, de retour de l’Antartique, fait escale à l’Ile de Pâques pendant trois jours. Il la décrira longuement dans ses récits de voyage, mais ne voit en elle aucun intérêt stratégique pour l’Angleterre ou d’autres pays.

Les Français

Jean-François de Galaup de La Pérouse, qui mène une expédition française dans le Pacifique Sud, atteint l’île le 9 avril 1786. Accompagné d’officiers et de scientifiques, il pénètre à l’intérieur des terres afin de visiter les monuments et les habitations rapa nui. Plusieurs plans précis en sont, pour la première fois, dessinés.

Dessin de l’île réalisé par le cartographe de La Pérouse
Plan de l’île dessiné par l’expédition Lapérouse

L’île et son peuple, désormais révélés au monde, ne cesseront ensuite d’en subir les exactions.

Pillages et exactions

Meurtris

Pendant la première moitié du XIXe siècle, plusieurs équipages de navires étrangers tentent des incursions dans l’île. Ceux qui y parviennent se livrent le plus souvent aux pires exactions.

Après des tueries, des enlèvements et des viols, les Rapanui deviennent agressifs envers les nouveaux arrivants.
Ils se défendent avec le peu de moyens dont ils disposent, principalement en criant et en jetant des pierres.

Esclavages

Le 12 décembre 1862, un millier de Rapanui est capturé par des marchands d’esclaves péruviens. Parmi les prisonniers se trouvent la famille royale ainsi que l’ensemble des hommes savants, capables de déchiffrer l’écriture rongo rongo. Tous sont destinés à un travail harassant et dangeureux : l’exploitation des mines péruviennes de guano.

Decimes

Lorsque le gouvernement péruvien ordonna, sous les pressions française et anglaise, la libération des Rapanui esclavagés, 80% d’entre eux étaient déjà morts dans les mines. 15 insulaires seulement finirent par retrouver leur île. Ils y répandirent sans le savoir le germe de la variole, contracté au contact des continentaux. Plus de la moitié de la population fut décimée par la maladie

Evangelises

Le frère Eugène Eyraud séjourne sur l’île en mai 1863. Il y reste neuf mois pour y revenir définitivement en mars 1866. Son oeuvre d’évangélisation, renforcée par l’arrivée de trois autres missionnaires, participe à la chute de la religion ancestrale des Rapa Nui.

En 1968, à la mort du frère Eyraud, la statue la plus vénérée l’île, appelée Hoa Hakananai’a ou La briseuse de vagues, est enlevée par un navire de guerre américain. Le dernier symbole de la religion rapa nui est tombé.

Tyrannise

Jean-Baptiste Dutrou-Bornier, aventurier français, débarque en avril 1868. Il désire acheter les terres les plus fertiles pour pratiquer l’elevage. Rapidement, il se prétend roi de l’île et tyrannise les Rapa Nui. Il est mystérieusement assassiné en 1877.

La présence Chilienne

Prise de possession Chilienne

Le 9 septembre 1888, le commandant chilien Policarpo Toro prend possesion de l’île pour son pays.
Rapidement, le gouvernement cède l’exploitation des terres à la compagnie anglaise Williamson et Balfour. Celle-ci y pratique l’élévage intensif de moutons, ravageant ainsi l’essentiel de la végétation.

Les Pascuans sont peu à peu parqués dans le village d’Hanga Roa, encerclé de barbelés. Tout déplacement en dehors de ce périmètre doit faire l’objet d’une demande d’autorisation auprès du chef militaire chilien. Le couvre-feu est fixé à 18h.

Liberalisation

Le contrat de location de l’île par les Anglais s’achève en 1952. Les Chiliens renforcent alors leur emprise sur le territoire pour des raisons officielles stratégiques. Ils en contrôlent les 90%, confinant toujours la population dans le village.

En 1966 les Pascuans sont rattachés à la province de Valparaiso. Ils obtiennent le droit de vote ainsi que des papiers d’identité. Ils sont appelés Pascuans, du mot Pascua qui signifie Pâques en espagnol.

Vers une autonomie ?

L’île est reliée à Santiago et à Papeete par deux vols hebdomadaires de la compagnie LanChile, détentrice d’un monopole.

Les habitants soucieux de conserver vivaces les restes de leur culture, entretiennent des liens étroits avec leurs cousins polynésiens. Ils développent également des programmes linguistiques afin de sauvegarder la langue rapanui.